Dans Heartbreak, elle enchaîne des chapitres courts au style poétique et imagé. Ses voyages en Europe, ses études à l'université, ses premiers engagements politiques, et puis ses rencontres avec des femmes, des victimes et ses conférences aux Etats-Unis.
Ce que dessine Andrea Dworkin dans ce livre, c'est sa vision de sa vie et de son engagement. On peut difficilement échapper à son raisonnement: elle prend cause pour les femmes, sans la moindre concession, et se consacre corps et âme à ce en quoi elle croit. Elle nous guide d'abord à travers sa jeunesse: son rapport et ses rébellions à l'école, son travail pour se former en poésie et ses engagements à l'université, puis les réalisations successives qui développent sa politique. Elle assiste à l'enterrement d'une amie et l'oraison est dédiée presque intégralement à l'assassin de la défunte, qui était son conjoint et un membre éminent du mouvement politique. Elle voit la violence qui frappe les femmes et les enfants, et l'absence de justice.
N'étant pas américaine, pas abreuvée à ces histoires de sex wars, d'intersectionalité et d'amendements, je ne comprenais pas trop la moitié de ce dont toutes ses féministes parlent. Je ne comprends toujours pas tout, mais grâce à ce mémoire j'en comprends bien plus.
Par exemple la situation des femmes qui subissent des violences : elles ne disposent d'aucun filet de sécurité, et la justice qui exige des preuves dont elles ne disposent pas ou fixent des règles impossibles. Ou bien la situation de filles qui se retrouvent "fournies" à des hommes pour qu'ils les violent. On ne ressort pas indemne de cette lecture.
Je n'ai pas lu ses bouquins sur la pornographie ou la prostitution, je n'ai ni l'envie ni le courage de lire des centaines de pages d'horreur, mais ce mémoire m'a surpris par sa qualité et j'ai eu un plaisir énorme à le lire: Andrea Dworkin sait écrire une histoire, et elle le prouve !
10:12 AM